Entre mémoire coloniale, héritages culturels et imaginaires du futur. Voici une sélection de cinq expositions qui témoignent de la vitalité des scènes contemporaines africaines et diasporiques.
Alors que la fondation Cartier accueille l’un des plus grands événements de cette saison automnale à Paris, avec Le Temps des récoltes, d’Ibrahima Mahama, plusieurs autres expositions rythment le mois de novembre à Paris. Autant de propositions qui, à travers des sujets et des démarches artistiques singuliers, interrogent les héritages du passé. Elles posent les jalons d’un monde à réinventer.
Le Temps des récoltes d’Ibrahim Mahama
L’exposition propose une réflexion sur le travail, la mémoire et la circulation des matières. On est saisi par l’exploration collective des histoires économiques et sociale qui traversent les sociétés africaines.
L’artiste ghanéen Ibrahim Mahama fait dialoguer, ici, son travail avec celui de neuf autres artistes et collectifs, dans une réflexion collective sur les héritages, les échanges et les transformations du monde contemporain.
Figure incontournable de l’art contemporain, Ibrahim Mahama développe une pratique monumentale fondée sur la récupération de matériaux, l’utilisation de textiles et la valorisation des traces laissées par les activités humaines.

Le Temps des récoltes, du 22 octobre 2026 au 28 février 2027, à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, Paris ©
Violence silencieuse. Sous le regard de Roméo Mivekannin
Comment regarder les exhibitions coloniales sans en reproduire la violence ? C’est la question qui traverse cette exposition.
Roméo Mivekannin revient sur l’histoire des zoos humains et sur les photographies produites dans le cadres des exhibitions ethnographiques des XIXe et XXe siècles.
En réinvestissant ces images et leurs compositions historiques, l’artiste béninois déplace le regard et place le visiteur face à sa propre position dans l’histoire de la représentation des corps noirs.

Violence silencieuse du 10 novembre 2026 au 4 avril 2027 au Musée du Quai Branly
The Wind, the Earth and the Fire de Yinka Shonibare
Cette exposition personnelle parisienne rassemble plusieurs séries de travaux: quilts, sculptures textiles en bronze peint, œuvres consacrées à la biodiversité et figures hybrides.
L’artiste y explore la complexité des identités culturelles à travers l’histoire du wax, tissu issu des traditions textiles indonésiennes, où il était fabriqué à la main.
Récupéré par les colons néerlandais, qui en ont lancé la production industrielle dans les années 1850, le wax ne s’est pourtant jamais imposé en Indonesie, la clientèle locale boudant cette production européenne de moindre
En mobilisant cette histoire, Shonibare questionne les notions d’authenticité, d’identité et d’appartenance.
Dans cette exposition à voir, les sculptures de Shonibare évoquent également les migrations, les déplacements humains, les crises écologiques et les héritages de l’extraction coloniale.

The Wind, the Earth and the Fire, jusqu’au 12 décembre 2026, à la galerie Mennour © galerie Mennour
Mémoires sédimentaires de Mouhcine Rahaoui chez AFIKARIS
Cette deuxième exposition personnelle de l’artiste marocain chez AFIKARIS explore l’expérience et l’histoire des mineurs de la région Orientale, et plus particulièrement de sa ville natale, Jerada.
Mouhcine Rahaoui propose une immersion dans les méandres de sa mémoire et questionne l’absurdité d’une existence marquée par l’injustice et la précarité.
Il raconte l’histoire de ces expéditions dangereuses et clandestines menées pour extraire le charbon, ressource qui fait vivre les habitants tout en les consumant à petit feu.

Mémoires sédimentaires, du 12 novembre 2026 au 2 janvier 2027, à la galérie AFIKARIS © Mouhcine Rahaoui
Photoromance de Paul Kodjo au Palais de Tokyo
Cette exposition permet de redécouvrir le regard d’un photographe majeur de la Côte d’Ivoire des années 1970. Paul Kodjo a documenté les transformations d’Abidjan et l’affirmation d’une modernité urbaine et culturelle dans les premières décennie qui ont suivi l’indépendance.
Ses photographies témoignent d’une société en mouvement : ses architectures, ses habitants, ses pratiques sociales et sa manière de se représenter elle-même.
La sauvegarde des négatifs constitue également un enjeu majeur de l’exposition, grâce au travail de préservation engagé par Les Rencontres du Sud et au soutien du programme Modern Endangered Archives de l’Université UCLA.

Photoromance , jusqu’au 14 février 2027, au Palais de Tokyo, Abidjan, années 1970. © Paul Kodjo Courtesy Les Rencontres du Sud

